Loge maçonnique René Guénon

No. 76, Grande Loge Suisse Alpina à l'Or.·. de Lausanne

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Parole perdue« Ces Images sont des Images primordiales en ce sens qu'elles sont entièrement propres à l'Espèce, et si un jour, elles ont pris Forme, leur apparition se confond avec le commencement de l'Espèce. » (Les Racines de la Conscience, 1954, C. G. Jung).

La Parole Perdue est la Langue unique, à l'Origine du Monde. Émanation permanente de l'Anthropos, le Verbe. « Je suis celui qui est ! ». Retrouver la Parole, c'est retrouver la Voix, ou la Voie, la Tradition[1] Originelle, Mémoire Collective et Patrimoine de l’Humanité. Symbolisée par un Grand Arbre, elle est issue d'une Révélation de l'Unité primordiale dont chaque Maître spirituel représente une branche diversifiée en différents courants des Langues et Cultures du Monde. Elle repose sur la Connaissance des Principes et Formes Archétypiques sous-jacents à toute manifestation de la Vie et assure le lien entre le Passé le Présent et l’Avenir et la pérennité de l’Espèce Humaine, par des points de repères invariants, face à l’Infini indéterminé de l’Espace, et à la mouvance fuyante du Temps.

La transmission vivante de la Tradition, la "Doctrine Secrète", s'effectue par les Textes sacrés, la Parole et l’Exemple. Depuis le Point émanation, elle est véhiculée par les mythes et légendes, les coutumes et récits, les rites et rituels cycliques, inscrits dans la Durée et Espaces-Temps signifiants et favorables. Une Culture tient son Âme de la Puissance de ses Symboles et de ses Grandes Images. Elle implique des systèmes de Valeurs objectives, éprouvés au cours du temps, pour leur efficacité à maintenir l’équilibre, la cohésion, l'Unité, la continuité et l’Harmonie de la Vie. Il est possible de distinguer les traditions "profanes", d’ordre coutumier, comportemental, les mœurs, folklores et "habitus", qui concernent des cultures ou des regroupements privés, et les Traditions Sacrées, qui établissent la relation de l’Homme à la Transcendance. En relation à l’Esprit (Idéa) de toutes choses, au Bien et aux Valeurs, l’Idée de Tradition à son niveau le plus élevé, est associée à l’Identité et au Sacré. Elle englobe l’ensemble des Religions et Spiritualités, qui traitent plus particulièrement de l’Origine et de la Fin de l’Homme, et à l’intuition d’une Source Originelle Commune. L’Identité en ce qu’elle est l’état d’une Entité qui se perpétue dans le Temps, grâce à des caractéristiques stables, constitue l’attribut spécifique d’une Personne, d’un Pays, d’une Culture, ou d’une Ethnie.

Le Sacré peut se définir par des Valeurs inaltérables et intangibles que l’on ne peut transgresser sans encourir une rétribution imprévisible au-dessus du contrôle des lois humaines. L’Idée de Lois supérieures participant du domaine Transcendant, détermine la frontière entre le Profane et le Sacré. La Connaissance ne peut en être transmise à l’homme que par des procédures et rituels spécifiques " d’Initiation ".

Ce qui fait dire à Mircea Eliade : « Les faits et gestes de l’Homme, parce qu’ils se rapportent à des faits chargés d’Énergie, ou participent de certaines valeurs supra humaines, seront dirigés par des Lois Sacrées précises. Pour que ses propres actes ne l’altèrent pas, l’homme les transformera en rituels. Car tel est précisément le sens du rituel : rendre l’individu solidaire de la collectivité, de la Vie organisée, et finalement d’un Cosmos Vivant. Dans une telle société Traditionnelle, l’homme n’est plus seul, parce que tout ce qu’il fait a une signification œcuménique, accessible à l’ensemble de la Communauté. »

Tous les domaines de l’existence humaine contiennent une dimension sacrée lorsqu’ils abordent aux Mystères de l'Amour, de la Vie, et de la Mort. Les manifestations rituelles collectives sont de cet ordre, notamment le théâtre, dont l’étymologie "Theoria" exprime le sens de "Contemplation", dans la première mise en scène de la dramaturgie des Dieux par Eschyle. Si les Traditions Sacrées, par la médiation des Archétypes, demeurent immuables dans leur Essence, leurs Formes se métamorphosent. Aujourd'hui le Grand Arbre de la Tradition s'actualise par le Pont de la Connaissance et l'Arborescence de la Conscience collective contemporaine à travers la Vision fractale holistique et l'Invariance d'échelle dans laquelle la Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste précise :

         « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut,
            et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
            afin que se maintienne le Mystère de l'Unité »

L'UN le TOUT ... Tout Élan créateur naît dans le Réservoir et l'Esprit collectif de l'Homme et de l'Âme unique de l'Humanité. L’inconscient collectif est ce grand réservoir. Il est constitué des symboles et des archétypes de l’esprit humain. Il est la résonance de la voix des prophètes et des leaders charismatiques qui ont pu guidés l’humanité. C’est un immense fleuve souterrain dans les profondeurs de l’inconscient humain qui charrie les grands mythes et archétypes ayant engendrés les religions et les cultures.

« Cet inconscient n'est pas structuré comme un langage mais plutôt comme une image, d'où l'importance de connaître les grandes images qui nous habitent et qui orientent le destin de notre culture. Cela pourrait nous permettre, tout en nous y intéressant, de nous garder libres des grands mythes véhiculés par certains discours dits " prophétiques ". »[2]

Jung Carl Gustav a été le tout premier, au début du 20e siècle, à parler de l’inconscient collectif, et d’en comprendre les mécanismes. Il a été le premier à mettre en évidence que l’inconscient personnel ne dépendait pas que des événements vécus dans l’enfance, des traumatismes ou de la vie sexuelle des individus, comme l’affirmait Freud. Pour Jung, l’inconscient personnel est directement connecté à l’inconscient collectif, gouverné par les symboles et les archétypes de nos mythes, légendes et religion. Jung a probablement ouvert la porte vers les champs morphiques qui nous unissent tous, vers une nouvelle communication, celle qui fait le lien entre la matière et l’esprit.

La méthode maçonnique repose justement sur la tradition des mythes et l’interprétation des symboles. La notion de " Parole Perdue " est la méthode permettant une représentation mentale de l’individu sur la relation existant entre le signifiant et le signifié.

« Le signifiant devient le prononcé du mot ou de la phrase qui évoque ou qui décrit ici le motif graphique. Le signifié étant la représentation mentale du concept, c’est à dire sa projection intime. Cette représentation est à la base un symbolisme personnel à l’individu, à l’auditeur ou au spectateur dans une tenue maçonnique.

Chaque franc-maçon connaît par « le cœur » la verbalisation unifiée de l’outil. La nature même des individus fait que le ressenti de chacun est différent, mais la signification doit rester constante, car universelle et archétypale. La franc-maçonnerie ne crée pas l’uniformité de représentation mentale, mais offre une base commune archétypale à l’interprétation symbolique. La nature de la projection intime est fonction de sensibilité de chacun. Les symboles interagissent entre eux produisant une infinité de variantes interprétatives intimes au-delà des individus même.

Ainsi, la représentation symbolique demande au franc maçon un cheminement intellectuel et sensitif, un engagement verbalisé par serment, une pensée étiques, car elle chemine vers la lumière venant de l’Orient. Cette lumière symbolique peut être qualifiée de principielle et axiale, elle illumine d’autres paysages. La découverte du symbolisme implique d’aller chercher ses références non pas dans le savoir livresque, mais dans l’intuition personnelle et la connaissance de Soi ». (Cf : Écossais de Saint Jean).

© R.·. L.·. René Guénon.


Sources :

Image :  (Roland Grunberg)

[1] du latin " Tradere " : Livrer

[2] Jean Yves Leloup . Manque et Plénitude. Albin Michel 1994.