Loge maçonnique René Guénon

No. 76, Grande Loge Suisse Alpina à l'Or.·. de Lausanne

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La voie de l'Initié ...
Arcane XIII MarseilleParmi les archétypes les plus importants caractérisant la psyché humaine celui de la mort est un des plus significatifs car il est au cœur du processus de la conscience humaine.

La peur de la mort est aussi forte que la libido, l’instinct de vie. Elle est à l’origine de l’éveil à la spiritualité. Elle est la source de toutes les religions. La mort est à la fois un mystère et un secret inviolable. Le secret de la tombe est le même que celui du berceau.

Mais le mot arcane aussi, signifie secret, mystère et le mot Tarot signifie la voie ROYALE. Le Tarot est une quête qui par le passage de différentes étapes conduit à la richesse profonde de l'esprit et de l'âme. Les arcanes des différentes versions du Tarot sont un outil intéressant pour dévoiler ce qui est au-delà des archétypes et des symboles.

 L’arcane XIII du Tarot

Arcane XIII MaconniqueCet arcane nous rappelle que la seule certitude que nous puissions avoir est celle de devoir mourir un jour. C’est la représentation iconographique italienne de la mort au moyen-âge. Elle est appelée « l’arcane sans nom », car lorsque survient la mort physique, le corps perd son nom et le nom est l'appel à la vie...

La symbolique de l’arcane peut être différente selon les Tarots. En général, il s’agit d’un squelette ou d’un ange de la mort chevauchant une monture macabre. Il fauche un plan représenté par une terre noire, ou de l’herbe ou un labyrinthe. De la terre peuvent sortir trois mains, parfois un ou deux pied, parfois deux os blancs. Sur le côté droit de l'arcane, juste à côté de la faux, deux têtes ; une de femme et une d’homme couronnée. Cela pour rappeler que nous sommes tous égaux devant la mort.

La faux est un Instrument de récolte et de révolte, c’est aussi l’attribut du Temps et l’allégorie de la Mort. Dessinée derrière le sablier dans bien des cabinets de réflexion, elle recoupe la parabole de la moisson et évoque le grain qui meurt pour donner la vie.

Arcane XIII WirthC’est l’arcane de la transformation " obligatoire "... Quelque chose est obsolète qu'il va falloir changer, une période se termine, un nouveau cycle commence. Cela demande d'aller voir dans l'obscur de la chair et de l'inconscient... La mort est l'Arcane de toutes les peurs ! Peur de perdre l'être aimé, peur de se perdre dans l'Amour charnel. Peur de se perdre en soi. C’est l'Arcane du deuil à faire, mourir aux habitudes, prendre le risque d'aller oser voir ce qui se cache derrière la souffrance.

Quand cet Arcane apparaît, il y a quelque chose à mettre à jour de la souffrance névrotique, pouvoir la laisser s'exprimer, et s'en défaire. C’est un arcane de courage ! Il faut faire le ménage en soi...

Cet arcane fait référence au célèbre V.I.T.R.I.O.L. des alchimistes ; c’est l’œuvre au noir. Formule et symbole que retrouve le profane en Franc Maçonnerie dans le cabinet de réflexion, lors du premier voyage au sein de la terre mère. Cette abréviation latine : « Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem », (Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). A cette formule sont parfois rajoutées les lettres U. et M. voulant dire : « Veram Medicinam », (Médecine de Vérité), les lettres U et V ayant le même graphisme en latin.

Descends donc au plus profond de toi-même, dans l’obscurité de ton ignorance, armé de la faux, creuse et tranche dans les ténèbres de ton cœur, meurs à ta vie passée ! Rectifie ce qui doit l'être afin de trouver l’étincelle (la pierre cachée) qui sommeille au plus profond de ton être. Cette étincelle est le guide de l’Initié, puisqu’elle le régénère et le revivifie. Il sait qu'il doit nécessairement mourir pour renaître et revivre dans la lumière jaillie de cette étincelle, au-delà de ce que perçoivent nos cinq sens.

L’œuvre au noir, début du chemin de l’initié ?

En alchimie, l'œuvre au noir pourrait être représentée par l'arcane sans nom. Car le squelette est symbole de la putréfaction, de la décomposition, et le noir est alors la couleur qui préside à toutes les transmutations : Il ne représente pas une mort statique, un état définitif, mais une mort dynamique, si l'on peut dire, annonciatrice et instrument d'une nouvelle forme de vie. Le squelette, symbolise le savoir de celui qui a franchi le seuil de l'inconnu, celui qui a percé par la mort le secret de l'au-delà.

Un des aspects évocateurs du travail alchimique et maçonnique est de passer des Ténèbres à la Lumière. En ce sens, les mutations successives de l’Œuvre sont symboliquement contenues dans les trois couleurs : noir, blanc, rouge. Le franc-maçon passe ainsi du Petit Œuvre au Grand Œuvre. Les initiations maçonniques sont une suite de dissolutions et de coagulations ou, si l’on préfère, une suite de déstructurations et de reconstructions qui permettent la transmutation au sens alchimique du terme et invitent le franc-maçon à passer de l’Œuvre au noir à l’Œuvre au rouge. C’est le solve et coagula, le « dissous et coagule » des alchimistes. L’Œuvre au noir ou phase du Corbeau est la phase de la putréfaction de la materia prima, c’est-à-dire la pensée, la conscience individuelle, mais aussi celle de l’univers entier la materia prima est à la fois l’origine et le fruit de l’Œuvre. Le noir symbolise la préparation de la materia prima qui nous prépare à la mort symbolique dans l’épreuve de la Terre. Il faut calciner la matière première pour atteindre la putréfaction et se débarrasser du ses impuretés. C’est probablement le sens de ce passage de Zarathoustra de Nietzsche[1] : « Il faut que tu veuilles te brûler dans ta propre flamme : comment voudrais-tu te renouveler sans t’être d’abord réduit en cendres ! ».

Ensuite vient l'albédo ou passage au blanc. Ce stade du processus représente déjà, pour beaucoup d'alchimistes, un aboutissement. Il est symbolisé par l'argent, ou la lune, et C.G.Jung[2] le compare à l'aube précédant le lever du soleil. L’Apprenti est revêtu du tablier blanc, le blanc annonce l’accomplissement de l’Œuvre et symbolise la phase de transformation; il ouvre la voie vers la découverte de la Pierre philosophale. L’Œuvre au blanc est un pont entre les Ténèbres et la Lumière, elle transforme les métaux vils en argent. C’est la taille de notre Pierre brute. Fulcanelli[3] disait : « C’est donc à la pierre brute et vile qu’il faut s’adresser, sans répugnance pour son aspect misérable, son odeur infecte, sa coloration noire, ses haillons sordides. Car ce sont précisément ces caractères peu séduisants qui permettent de la reconnaître, et l’ont fait regarder de tout temps comme une substance primitive, issue du chaos originel, et que Dieu, lors de la Création et de l’organisation de l’univers, aurait réservée pour ses serviteurs et ses élus. Tirée du Néant, elle en porte l’empreinte et en subit le nom : Rien. Mais les philosophes ont découvert qu’en sa nature élémentaire et désordonnée, faite de ténèbres et de lumière, de mauvais et de bon rassemblés dans la pire confusion, ce Rien contenait Tout ce qu’ils pouvaient désirer. »

L’initié est celui qui a vaincu la mort !

Arcane IXDepuis les mystères d'Isis en Égypte, ceux de Déméter à Éleusis en Grèce, jusqu'à la Franc-maçonnerie de nos jours, les rituels d’initiations sont liés à une mort symbolique d’une vie à une autre, plus spirituelle. Les mythes de résurrections qu’ils soient Osiriens ou Christiques véhiculent le même archétype, celui de l’Esprit ayant vaincu la matière. La réalisation du corps glorieux de Lumière.

Le sacré est toujours lié à un au-delà. Le seul moyen de sortir du monde est de passer à travers le voile de la mort. L’expérience concrète de la mort rituelle ou, en d’autres termes, du dépassement de la condition humaine profane par un état modifié durable de conscience permets de mettre une distance avec le matérialisme et permet d’approcher la source en soi, l’étincelle cachée qui nous relie à notre nature réelle et intime, libérée des chaînes de la matière.

L'initiation fait sortir le profane de ses ténèbres et elle lui ouvre de nouvelle porte sur des vues nouvelles et tente de lui apprendre un regard nouveau sur l'univers et les choses. Elle nous apprend à ne plus mesurer le monde et la vie à l'aune de notre seule existence. Elle nous incite à considérer cette dernière comme un passage entre deux états vers une nouvelle destination que nous ne pouvons concevoir. De même qu'avant de devenir papillon, la chenille ne pouvait imaginer pouvoir vivre parmi les fleurs et voir le monde d'en haut. De même également, l'épi de blé n'a aucunement conscience d'avoir d'abord été un grain qui a pourri dans la terre.

Arcane XVIIL'arcane sans nom du Tarot est toujours le signe d'une rupture, d'une transformation de l'être, c'est le passage vers un autre état de conscience. Ainsi, régulièrement, la vie nous invite à mourir, à faire le deuil de nos illusions, de nos projets, de nos amours, de nos attachements. Sachons que ce n'est jamais gratuit ni inutile, mais toujours bénéfique. La vie sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Cultivons donc l'espérance et la sagesse, entreprenons et retenons cette belle devise du Rite Écossais Ancien et Accepté : « Fait ce que doit, advienne que pourra ! ».

L'initié, celui qui a triomphé de la mort, est ce pèlerin qui foule avec respect la poussière des chemins faite des palais et des temples de jadis, sans se laisser aveugler, ni par la matière, ni par les dogmes. Il se souvient d’avoir rencontré un crâne inconnu qui lui a dit un jour : « J’ai été ce que tu es. Tu seras ce que je suis ». Depuis il a vaincu sa peur ; il sait que la mort n’est une étape, une porte. Il sait que la vérité est ailleurs, en soi. Son art consiste alors à retrouver l'âme du monde, l’Être des êtres, qui contient l'âme de l'homme en devenir dans le plan de l'Architecte. Il a passé de l’arcanne XIII à l’arcane IX, l’Hermite, celle de l’homme dont la conscience approche l’illumination, à la recherche de l’arcane XVII, l’Étoile, l’esprit incarné qui a rejoint sa source cosmique.



[1] Friedrich Nietzsche, « Ainsi parlait Zarathoustra, Des voies du créateur », Traduction par Henri Albert. Société du Mercure de France, 1903.

[2] Psychology and Alchemy, C.G. Jung, CW 12, par. 242n., Princeton University Press, 1993.

[3] FULCANELLI et Le merveilleux grimoire du château de Dampierre sur Boutonne. Septième série (pl. XXXIV).