Loge maçonnique René Guénon

No. 76, Grande Loge Suisse Alpina à l'Or.·. de Lausanne

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Mythologie et Archétypes

Psyche« La croissance de la personnalité se fait à partir de l'inconscient ».
Carl Gustav Jung, psychiatre suisse (1875 - 1961), "Les Racines de la Conscience", 1954.

L’âme humaine

Le mythe de psyché

Psyché ranimée par le baiser de l'Amour est une célèbre statue en marbre de 1793 du sculpteur italien Antonio Canova (1757-1822).

Psyché [Ψυχη] épouse d'Éros (Cupidon), est la personnification de l'âme représentée avec des ailes de papillon. Psyché est l'une des trois filles d'un roi, si belle que tous les habitants du royaume l'adoraient et qu'Aphrodite en était jalouse au point de vouloir tramer sa perte.

 

Le mythe de Psyché symbolise la destinée de l'âme déchue, qui, après bien des épreuves, s'unit pour toujours à l'amour divin. Les néo-platoniciens y virent la promesse d'une renaissance, d'une vie future, d'un bonheur éternel. Le charmant récit d'Apulée, (Métamorphoses IV-28 à VI-24), a fait connaître l'interprétation populaire de cette allégorie.

Le mythe désigne l’origine de l’esprit humain dans la rencontre des principes du monde physique, du monde mental et du monde spirituel. Corps, âme et esprit, telle est la tripartition traditionnelle de l’être humain chez les Grecs anciens, qui voit ainsi en l’humain une manifestation miniaturisée du divin. La beauté de l’âme humaine tient donc à sa tension entre la terre et le ciel, entre les mondes matériel et spirituel.

C’est l’effort qu’elle déploie pour se reconnaître en sa plus profonde noblesse qui fait le sens de son existence. La royauté de l’esprit passe cependant par l’expérience des voyages hors de son empire. La tentation du voyage est attisée par l’expérience du mal, incarnée ici par la figure d’Aphrodite qui charge Éros d’inspirer à Psyché, « l’amour pour l’être le plus hideux de la terre ». La naissance à soi de la conscience passe donc par l’expérience de la déchéance, dans la douleur physique et morale que symbolise ici la notion de hideur. Car qu’il y a-t-il de plus hideux que la souffrance sans justification ?

La psyché ou l’Âme humaine

Pour Paul Diel[1], les figures les plus significatives de la Mythologie grecque, personnifient les différentes fonctions de la Psyché, et leurs interrelations expriment la vie psychique des hommes, partagée entre les tendances d’évolution et/ou de pervertissement. Dans cette optique, le mythe peut être considéré comme une dramaturgie de la vie intérieure, et de la vie sociale, sous une forme poétisée.

Le Psycho-analyste C.G. Jung[2] a exploré une troisième voie : le Processus d'Individuation/Unification, fondé sur la dynamique des opposés et leurs transformations, d'énergies dissociatives en énergies associatives coordinatrices, jusqu'à l’intégration de toutes les tendances psychiques et au retour à l'Énergie unifiée, l’Unité de l’Esprit et de la Matière par la médiation de la fonction Transcendante : la Psyché ou l’Âme, dont le langage est celui des symboles.

C.G. Jung a établi le Pont entre les deux rives de la vie psychique intérieure individuelle et la scène collective sociale, par la découverte de "l’Inconscient Collectif", et des Archétypes qui y résident. L’Inconscient Collectif est également appelé "Psyché Objective", pour en signifier la nature "Transpersonnelle", au-delà du personnel, en ce sens qu’elle caractérise l’Espèce humaine dans son ensemble et constitue l’équipement, le "Bagage" héréditaire psychique et vital de l’Homme.

Structure de la psyché et processus d’individuation

Mecanisme psycheDans un ouvrage paru en 1933, Jung[3] expose une conception originale de la constitution psychique de l’individu. Toute exploration scientifique d’un domaine nouveau implique la création d’un vocabulaire spécifique ou au moins l’attribution d’une définition strictement délimitée à chacun des termes utilisés. Cette règle se vérifie dans la psychologie jungienne.

Dans la vision jungienne, la psyché a une constitution complexe, composite et dynamique. L’utilisation d’une métaphore facilitera la compréhension de cette vision. L’âme individuelle peut être comparée à une petite île flottant sur l’océan, à l’image d’un iceberg. La zone émergée de l’île représente la partie consciente de la psyché. Jung appelle " persona " cette zone émergée, au centre de laquelle se situe le moi. De même, il nomme "ombre" la partie immergée la plus proche de la surface, alors que les zones plus profondes de l’île et de l’océan lui-même sont nommées "inconscient collectif".

La persona

La persona correspond à la composante visible de l’île. Elle est la partie de l’âme dont le moi à une pleine connaissance, le domaine du raisonnement et du discours. C’est aussi l’image de soi que l’on veut montrer aux autres (persona dérive du grec prosopon, qui signifie "masque"). Cette surface visible de la personnalité est donc le lieu des échanges avec l’extérieur. En cela, elle est modelée par les différents rôles sociaux assumés par l’individu, qui lui fournissent autant de masques (professionnel, conjugal, parental, etc.). Elle est aussi conditionnée par les principes éthiques dictés par la société.

La persona est donc souvent une construction relativement stéréotypée, dans laquelle l’individu sélectionne et renforce les qualités valorisées par le monde extérieur. Au centre de cette construction se trouve un noyau, le moi, qui lui fournit un élément d’identité et de continuité dans le temps.

L’ombre

L’ombre correspond à la partie immergée de l’île. Composante essentielle, et inconsciente, de l’âme individuelle, elle n’est visible que pour celui qui accepte de descendre dans les profondeurs. L’ombre contient les caractéristiques de l’individu qui sont dépréciées et refusées par la persona, parce qu’elles ne sont pas compatibles avec le rôle que l’on se donne. Elle contient aussi les qualités qui ont été refoulées par l’éducation. On peut y trouver aussi bien des dons artistiques ou de grandes qualités morales que des vices ou des perversions inavouables.

L’ombre, selon Jung, constitue un système autonome anti-persona, une deuxième personnalité. Ce qui la distingue de la persona, c’est que les règles qui la régissent sont totalement différentes. Étant située en dehors de la conscience, l’ombre est inaccessible au langage de la raison et de l’objectivité. Elle se manifeste par des préjugés tenaces, des comportements inexplicables ou des frustrations. Lorsqu’elle se trouve en présence d’une persona affaiblie, elle peut la manipuler et faire apparaître une personnalité différente de la personnalité habituelle de l’individu. La conscience personnelle, qui ne peut intégrer cette irruption brutale de l’inconscient, se défendra en projetant sur les autres les caractéristiques inacceptables de l’ombre. Par-là, l’individu croira voir chez les autres la cupidité, l’agressivité ou la jalousie qu’il ne peut reconnaître dans ses propres motivations.

Le pouvoir de l’ombre est contenu tout entier dans son caractère occulte. Il dépend par-là de l’ignorance dans laquelle se trouve l’individu qui n’a pas accompli de travail sur lui-même et qui s’identifie totalement avec sa persona, son apparence.

Jung est d’avis que la première tâche d’une initiation, ou d’une analyse, est d’amener l’individu à prendre connaissance des contenus de son inconscient. Mais ce travail est ardu, car la nature même de l’ombre la rend inaccessible à la conscience raisonnante. De fait, c’est par la voie de l’introspection et de l’étude des rêves, en utilisant une grille de lecture basée sur le symbolisme, que l’individu peut progressivement descendre dans les profondeurs et élargir le champ de sa conscience jusqu’à englober l’inconscient personnel. L’ombre ne sera pas expulsée – elle ne peut pas l’être – mais elle sera maîtrisée par la conscience, et viendra enrichir le moi. Nous sommes ici assez proches de la méthodologie de l’initiation maçonnique. L’ombre serait ici, la pierre brute où sont cachées toutes les potentialités de l’être.

Selon Jung, le travail de réintégration de l’ombre consiste à la reconnaître, à l’accepter comme faisant partie de soi-même et à la réintégrer dans l’ensemble de notre personnalité. La personne qui parvient à embrasser son ombre devient un être complet et unique.

L’inconscient collectif

Si l’inconscient collectif est le concept le plus novateur développé par Jung, c’est aussi celui qui a été le plus souvent mal compris. Il faut préciser d’emblée que ce concept ne désigne pas un être supra-individuel qui aurait une existence propre et dans lequel toutes les psychés individuelles se mêleraient jusqu’à devenir indistinctes. Il ne correspond pas non plus à ce monde inférieur, obscur et chaotique qu’ont voulu y voir certains défenseurs de la Tradition.

L’inconscient collectif est une composante du monde intérieur de chaque être humain. Jung, qui reste empirique, ne le qualifie pas d’inférieur, ni de supérieur. Il est profond, parce qu’il n’apparaît pas spontanément à la surface de la conscience, et il est collectif, parce que ses structures sont semblables d’un individu à l’autre, témoignant d’une mémoire génétique de l’espèce humaine.

Dans la métaphore de l’île flottant sur l’océan, l’inconscient collectif serait le monde sous-marin, un milieu parcouru par une énergie vitale structurée en noyaux de cristallisation qui constituent les archétypes. Ces archétypes, selon Jung, sont organisés comme des personnages parasites dotés d’une certaine autonomie à l’intérieur de la psyché. Ils peuvent se manifester dans les rêves ou lors d’expériences marquantes de la vie de l’individu, qu’elles soient spirituelles, artistiques ou amoureuses. Ils peuvent aussi être activés par des manifestations collectives, religieuses, politiques ou sportives et entraîner des mouvements de masse lorsqu’ils deviennent plus forts que le moi.

La Tradition Primordiale est la source des archétypes

L'archétype est un concept appartenant à la psychologie analytique élaborée par Jung qui le définit comme une «forme de représentation donnée a priori»[4], ou encore comme une «image primordiale» renfermant un thème universel, commun à toutes les cultures humaines mais figuré sous des formes symboliques diverses et structurant la psyché inconsciente.

Les archétypes sont les schèmes[5] éternels de l'âme humaine, les images et symboles qui peuplent l'inconscient collectif et modèlent le flux de l'énergie psychique. Leur nature et leur signification sont ici commentées sous des angles différents et complémentaires - histoire, exposés de cas, pratique et théorie psychologiques - qui donnent son unité à ce recueil. Après une définition des archétypes présents dans l'inconscient collectif - en particulier l'image de la mère et l'idée d'anima - Jung illustre son propos par l'analyse des symboles contenus dans l'œuvre d'un alchimiste et gnostique du IIIe siècle, par l'étude radicalement nouvelle du rite chrétien de la messe et par celle des représentations archétypiques de l'arbre dans les mythologies et les religions.

L'archétype est pour la psychologie jungienne un processus psychique fondateur des cultures humaines car il renferme les modèles élémentaires de comportements et de représentations issus de l'expérience humaine à toutes les époques de l'histoire, en lien avec un autre concept jungien, celui d'inconscient collectif.

AlchimieL'alchimie figure constamment l'inconscient collectif. Cette gravure du Rosaire des philosophes est, selon Jung, le symbole de la rencontre du conscient (le soleil, le masculin) avec l'inconscient (la lune, le féminin), sous l'égide de l'inconscient collectif (l'étoile), figuré par la colombe du Saint-Esprit, symbole de la réunion des contraires.

Bien entendu, il faut garder à l’esprit que la description jungienne de l’inconscient collectif est un modèle, une construction intellectuelle destinée à appréhender une réalité qui échappe à l’intelligence rationnelle. Les archétypes ne peuvent pas être reconnus comme tels lorsqu’ils font irruption dans la conscience. Ils se manifestent toujours en donnant l’illusion qu’ils viennent du monde extérieur. On peut ajouter que le symbole, au sens où l’entend Jung, est une forme de manifestation de l’archétype.

Les Archétypes sont ainsi les Dieux Éternels de la Mythologie, I