Loge maçonnique René Guénon

No. 76, Grande Loge Suisse Alpina

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 Initiation & Tradition ...

" Il existe encore actuellement, même en Occident, des homSymboles voie initiatiquemes qui, par leur «constitution intérieure», ne sont pas des «hommes modernes», qui sont capables de comprendre ce qu’est essentiellement la Tradition, et qui n’acceptent pas de considérer l’erreur profane comme un fait accompli ; et c’est à ceux-là que nous avons toujours entendu nous adresser exclusivement. "

" L’antitradition a eu son expression la plus complète dans le matérialisme qu’on pourrait dire « intégral », tel qu’il régnait vers la fin du siècle dernier (XIXe) ; quant à la contre-initiation, nous n’en voyons encore que les signes précurseurs, constitués précisément par toutes ces choses qui visent à contrefaire d’une façon ou d’un autre l’idée traditionnelle elle-même. "

" Chercher de satisfaire les besoins matériels des hommes est une illusion, parce que la civilisation moderne crée toujours plus de besoins artificiels qu’elle n’en peut satisfaire. "

René GUÉNON

La voie initiatique.

La connaissance livresque n’est que l’accumulation de différents «savoirs» qui n’a aucun rapport avec la véritable Connaissance. On ne peut  accéder à  cette dernière que par l’initiation, reçue d’une organisation traditionnelle régulière. On ne s’initie pas soi-même, on se fait initié car l'initiation suppose la transmission d'une Tradition et non pas la création "Ex nihilo" de celle-ci par soi-même. Par contre, le vécu de cette initiation est propre à chacun.

L’initiation consiste à recevoir la transmission d’une influence spirituelle. Pour recevoir effectivement une initiation il faut avoir les trois potentialités suivantes :

1) La qualification :

Ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité qui n’est que l’instrument de l’être véritable. On  admet volontiers que  pour exercer tel ou tel métier on exige des aptitudes mentales et corporelles spéciales mais on l’accepte beaucoup plus difficilement lorsqu’il s’agit de l’initiation.

Pour recevoir une initiation il faut un certain équilibre psychique. Il est nécessaire d'avoir en soi autant de "Lumières" que de "Ténèbres". Car l'initiation est un amplificateur et si un déséquilibre existe, celui-ci sera amplifié au risque de générer un danger pour la Loge qui le reçoit. Ce n'est pas un hasard si les Francs-Maçons sont appelés, les fils de la Lumière. De même l’initiation est incompatible avec certains défauts physiques (héréditaires ou accidentels). Il serait ridicule de parler d’injustice et Guénon réfute cet argument dans "Aperçus sur l’initiation" : «... au fond un être ne peut recevoir du dehors que de simples occasions pour la réalisation, en mode manifesté, des virtualités qu’il porte tout d’abord en lui-même».

2) La transmission :

C’est le rattachement à une organisation traditionnelle régulière qui constitue l’initiation au sens strict. Guénon affirme fortement à plusieurs reprises : «L’initiation ce n’est pas quelque chose d’ordre moral ou social. Ce n’est pas non plus la communication avec des mondes spirituels supérieurs avec acquisition de pouvoirs magiques».

« L’initiation a pour but essentiel de dépasser les possibilités de l’état individuel humain et de rendre effectivement possible le passage aux états supérieurs et même, finalement de conduire l’être au delà de tout état conditionné quel qu’il soit » (Aperçus sur l’initiation, 1946). Lorsque l’on s’adresse à une organisation dont la régularité fait défaut on est en réalité dans la contre-initiation ou dans la pseudo-initiation .

En résumé pour Guénon La pseudo-initiation n’est qu'uneforme de contrefaçon intellectuelle destinée à étouffé l'éveil du soi ; c'est ce qu'il dénonce comme étant la contre-initiation, essentiellement générée par les idéologies dogmatiques telles que le scientisme, le nazisme ou le matérialisme. 

La contre-initiation est présente de nos jours aussi bien dans l’occultisme que dans les sectes religieuses fondamentalistes. Elle est présente dans les déviations d’une certaine Franc-Maçonnerie en quête d'égo, soumise, par recherche de pouvoirs, à l’attraction politique, aux séductions du standing social, aux ivresses du quantitatif et d’un élitisme inversé. À la tentation de transformer la Loge en un "club élitiste d'intellectuels" en oubliant que les universités sont faites pour cela.

Guénon se fait peu d’illusions sur les possibilités de l’Occident à transmettre une Initiation (à part le compagnonnage et la Franc-Maçonnerie) mais il a affirmé à plusieurs reprises qu’elle continuait à être assurée en Orient.

3) Le travail sur soi même.

Les aptitudes ou possibilités incluses dans la nature individuelle ne sont, en elles mêmes, qu’une materia prima, c’est à dire une pure potentialité ; c’est l’état chaotique que le symbolisme initiatique fait correspondre au monde profane, et dans lequel se trouve celui qui n’est pas encore parvenu à la « seconde naissance ».

Pour que ce chaos puisse commencer à s’organiser il faut qu’une vibration initiale lui soit communiquée. C’est la transmission spirituelle communiquée par l’initiation qui va transformer les potentialités en virtualités prêtes à se développer en acte dans les divers stades de la réalisation initiatique.

On peut se demander si, pour Guénon, l’initiation n’est pas la remontée à travers les états supra-humains jusqu’au Principe, ce que la religion ne permet pas.

La crise du monde moderne

Dans toute son œuvre Guénon nous contraint à nous interroger avec lucidité sur l’esprit de notre temps et son évidente décomposition. Personne mieux que lui n’a condamné ce monde qui a engendré des monstres, utilisant des masses humaines après avoir vidé l’homme de sa valeur.

Civilisation - Evolution – Progrès : il paraît de nos jours complètement absurde de les récuser, c’est cependant ce que Guénon a fait. Nul autre que lui n’a poussé aussi loin la critique sévère de notre optimisme progressiste. Le débat actuel sur la "croissance zéro" ne semble pas bien éloigné de cette vision.

Guénon fait naître le monde moderne au XIVe siècle. Depuis cette date nous vivons une matérialisation et une dégénérescence progressive.

Voici comment il décrit le scientisme engendré par la science moderne dans La crise du monde moderne : " Savoir d’ordre inférieur, qui se tient tout entier au niveau de la plus basse réalité, et savoir ignorant de tout ce qui le dépasse, ignorant de toute fin supérieure à lui-même, comme de tout principe qui pourrait lui assurer  une place légitime, si humble soit-elle, parmi les divers ordres de la connaissance intégrale ; enfermée irrémédiablement dans le domaine relatif et borné où elle a voulu se proclamer indépendante, ayant ainsi coupé elle-même toute communication avec la vérité transcendante et avec la connaissance suprême, ce n’est plus qu’une science vaine et illusoire, qui à vrai dire, ne vient de rien et ne conduit à rien. "

De la même façon la philosophie moderne (qui commence à Descartes) est responsable de la mentalité moderne. Elle est essentiellement individualiste et la négation même de toute métaphysique entendue dans son véritable sens.

Toujours dans " La crise du monde moderne " René Guénon passe en revue toutes les doctrines philosophiques depuis Descartes. Avec une concision étonnante il démontre que la philosophie moderne aboutit à la destruction de l'intellectualité  véritable.

La décadence de la science et de la philosophie ont engendré le « chaos social ». La politique et l’organisation de la société montrent l’ignorance des principes à leurs niveaux respectifs. A ce propos il est extrêmement important de souligner le danger d’attirer un public qui par une mauvaise compréhension, ne voit en Guénon qu’un moyen d’introduire leurs idées extrémistes, racistes ou fanatiques et toujours aux antipodes de la Tradition.

La pensée de Guénon est absolument étrangère à notre mentalité contemporaine. "...non seulement les hommes ont bornés leurs ambitions intellectuelles… à inventer et construire des machines mais ils ont fini par devenir des machines eux-mêmes".

Dans cette vision, l'Occident est vouée irrémédiablement au " Règne de la quantité ". Selon Guénon, le but de tout homme est de parvenir à la réalisation spirituelle.

Il y a trois chemins qui conduisent à cette réalisation : la métaphysique, la tradition et le symbolisme .

La métaphysique

La métaphysique - le supraphysique et donc, le surnaturel - n’est pas un exercice profane de la raison spéculant sur des données empiriques mais une doctrine intrinsèquement sacrée et toujours encadrée par la forme traditionnelle. L’accès à cette doctrine sacrée exige une véritable réforme de l’homme moderne, un changement radical de ses repères mentaux qui lui fasse oublier les erreurs et les illusions du monde profane, les séductions des impostures religieuses et les parodies de l’ésotérisme. (Jean Borella, Du symbole selon René Guénon, paru dans "René Guénon", Cahier de l’Herne, 1985).

La métaphysique de Guénon est d’un abord difficile. La  lecture de l’œuvre est indispensable ; on ne peut en faire l’impasse, elle est impossible à vulgariser.

La doctrine métaphysique pure se trouve dans : Le symbolisme de la croix ; Les états multiples de l’être (véritable compendium de sa métaphysique). Cela n’exclut pas la lecture de deux ouvrages fondamentaux : L’introduction générale à l’étude des doctrines hindoues et L’homme et son devenir selon le Vedanta.

La tradition

L’aspect le plus intéressant de l’œuvre de René Guénon réside dans sa critique radicale du monde moderne, auquel il oppose une référence positive, le monde de la Tradition. Selon lui, la civilisation traditionnelle qui s’est réalisée en Orient comme en Occident - Moyen-Age catholique, Inde, Chine impériale, Khalifat islamique - repose sur des fondements métaphysiques. Elle est caractérisée par la reconnaissance d’un ordre supérieur à tout ce qui est humain, et l’autorité d’élites qui tirent de ce plan transcendant les principes nécessaires pour assoir une organisation sociale articulée.

la Tradition et la vérité profonde qu’elle recèle est unique et dépasse ce qui relève strictement de l’humain. Elle est une sorte d’esprit, d’inspiration tout entière tournée vers la connaissance des principes premiers, au-delà de toute contingence ou système intellectuel particulier. Elle est donc, selon Guénon, la seule connaissance au sens réel ; la métaphysique pure au sens profond du terme. La Tradition est constituée par tout un ensemble de sciences, rites et pratiques initiatiques dont le but ultime est d’établir un lien entre l’homme et son Créateur, dont la connaissance lui permettra de se réaliser spirituellement en développant l’ensemble de ses potentialités intellectuelles et spirituelles.

Le symbolisme

Selon Guénon : " Le rôle des symboles est d'être le support de conceptions dont les possibilités d'extension sont véritablement illimitées, et toute expression n'est elle-même qu'un symbole; il faut donc toujours réserver la part de l'inexprimable qui est même, dans l'ordre de la métaphysique pure, ce qui importe le plus. " Selon lui, " les rites sont des symboles en action. Toute rituélie (mots, gestes, attitudes) devient une symphonie de symboles "agis". Les actes rituels sont l'écho de principes a-temporels, agents condensateurs agissant par suggestion, par libération, par incantation.". On est dans le monde analogique et ce regard complète celui de la rationalité, du résonnement logique.

En général, à travers les rituels, c'est surtout la symbolique qui agit sur l'homme, car derrière le symbole se trouve la Réalité ultime. Mais, comme le fait remarquer Pierre Feuga : " aucune initiation ne coïncide exactement avec une autre. Le rituel peut être le même, mais le contenu, la vibration et la qualité seront chaque fois différents. "

Le message

En formulant une critique radicale du processus de régression de l’intelligence expérimenté par l’Occident moderne, René Guénon a contribué à relancer un mouvement de pensée de la Tradition dans le monde d'aujourd'hui. Éveilleur de consciences mais également précurseur, il dénonçait dès les années 1920 les discours idéologiques diabolisant l’Orient tout en soulignant que la seule véritable menace était, pour l’Occident, celle provenant de ses propres défauts et de sa course au matérialisme qui ne pourrait aboutir qu’à sa perte.

Fervent apôtre du rapprochement des cultures et la découverte d’un patrimoine commun souvent nié ou "effacé" par les historiens pour des raisons idéologiques propres à chaque époque, il demeurait conscient des obstacles politico-idéologiques inhérents à tout projet de rapprochement : "On ne sauve pas malgré lui un malade qui ne veut pas guérir ; et ce qu’il y a de plus terrible, c’est que l’Occident se complaît dans sa maladie et, loin de la reconnaître comme telle, elle s’en fait gloire comme d’une supériorité." (Cahiers du mois, 1925, entretien avec René Guénon et Louis Massignon).

Dénonçant la course au bien-être matériel tendant à devenir le seul critère du progrès, il s’avéra avant tout soucieux de restaurer un lien entre l’homme et son Principe.

Au fil de son œuvre, il mit également à jour une question centrale qui n’a pas perdu de son actualité : celle de la finalité de notre savoir contemporain et du rôle de l’intelligence humaine dans la gestion des progrès de la science ; interrogation plus que jamais essentielle dans un contexte où les potentialités destructives des nouvelles découvertes scientifiques remettent en question la survie même de l’espèce humaine.

A contre-courant de la mentalité et de la tendance égalitariste de notre temps, René Guénon a contribué à retracer les lignes d’un chemin que pourra emprunter tout esprit lassé du relativisme et des contradictions de l’esprit moderne, ainsi que tout pèlerin en quête des principes éternels et de sa propre vérité intérieure.